Publié le 11 juillet 2022 à 07h17 (il y a 1 moi environ) dans « Risques professionnels »
Voir un psychologue : lever les freins
Fayum AMBDI, psychologue.
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Depuis mars 2022, le Conseil départemental de Mayotte accueille un nouveau psychologue au sein de la direction de la prévention des risques professionnels. Un jeune homme très conscient des freins associés à une consultation en psychologie. Aller voir un psychologue afin de trouver de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse.

Entretien avec Fayum AMBDI, psychologue, à la Direction de la Prévention des Risques professionnels (DPRP) du Conseil Départemental.

Depuis votre prise de fonction au CD, les agents consultent-ils en grand nombre ?

F. AMBDI : « J’ai pris possession de mon poste en mars 2022. Ma collègue psychologue du service, Ghislaine ROYER était partie à la retraite depuis décembre 2020. J’ai senti dès mon arrivée un immense besoin d’écoute de la part des agents du conseil départemental. Depuis, mon carnet de rendez-vous s’étoffe lourdement au fil des semaines. En quatre mois de présence au cœur de la collectivité locale, j’ai rencontré plus d’une centaine d’agents en demande d’un soutien psychologique. »

Si « oui » : selon vous qu’est ce qui suscite cela ? Et quels sont les difficultés les plus évoquées ?

« La question de la qualité de vie au travail (QVT) est devenue aujourd’hui prégnante pour chacun et chacune d’entre nous. Personne ne veut venir travailler avec une inquiétude chronique pour des problématiques de relation avec sa hiérarchie, ses collègues ou les usagers, pour des questions d’organisation de son service ou de charge de travail attachée au poste. Je pourrais multiplier les exemples. Les risques psycho-sociaux (RPS) ne sont pas nécessairement le résultat d’un management délétère, de collègue nocif ou d’usagers agressifs ! Une organisation (une entreprise, une collectivité…) peut par sa structuration même créer de la souffrance au travail. Une organisation performante est celle, notamment, qui sait impliquer ses salariés, leur laisse une capacité d’agir sur leur travail. »

Quelles sont, selon vous, les causes qui font que les agents consultent le psychologue du département ?

« Vous savez les causes qui peuvent inciter un agent ou un personnel à s’orienter vers un psychologue sont diverses et variées. Elles se déclinent en plusieurs critères :

  • L’intensité du temps du travail, complexité des tâches et charge de responsabilités,
  • Contact d’un public difficile, peur du travail,
  • Monotonie des tâches, faible possibilité de développer des compétences,
  • La qualité des relations avec les collègues et la hiérarchie, situation de conflit, manque de reconnaissance,
  • Souffrance éthique, travail ressenti comme inutile,
  • Situation de déséquilibre entre les contraintes et les exigences du travail »
Vu que votre activité s’exerce au sein de l’administration, quelles sont les différences suites possibles face aux situations de risques ou difficultés professionnelles que rencontrent les agents (les recours possibles en dehors des solutions médicales) ?  

« Une collectivité territoriale doit mettre en place des dispositifs de prise en charge et d’accompagnement autour de dispositifs d’identification des RPS (état des lieux, analyse des niveaux de risque…), un cadre organisationnel (comité d’hygiène et de sécurité, direction de la prévention des risques professionnels…), mise en place de process de prise en charge (dispositifs de saisine, d’écoute et d’alerte…).La direction de la prévention des risques professionnels à laquelle j’appartiens occupe bien évidement une place première dans l’ensemble de ces dispositifs. »

Que pouvez-vous dire aux agents pour qu’ils viennent consulter ? Et quelles sont les situations qui devraient les alerter ?

« En premier lieu, s’autoriser à faire une démarche auprès d’un psychologue est une première étape vers un retour à un équilibre intérieur. Ensuite, un état de stress chronique au travail n’est pas inhérent à l’exécution d’une tâche salariée : la fameuse « boule au ventre » dont on entend parler très régulièrement. Chacun a droit au bien-être et à l’épanouissement professionnel quelque soit le métier exercé.

Enfin des difficultés liées à la vie personnelle peuvent également venir se surajouter et induire anxiété ou agressivité. Je peux retenir un exemple dans lequel beaucoup de mahorais se reconnaitrons Les temps de transports peuvent être très longs en raison de nombreux embouteillages. Or au-delà de 40 minutes, le temps de trajet a un impact négatif sur le bien-être du salarié.

Toutes ces situations que je viens de décrire : stress, « boule au ventre », anxiété, agressivité, lassitude, fatigue, perte de sens du travail doivent alerter l’agent sur le risque que cela peut peser sur sa santé physique et mentale.

Enfin, il ne faut pas attendre et consulter dès que les premiers signes apparaissent ! »

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